GARRIGUES ET MAQUIS
Ces deux noms sont intimement liés aux accents
du Midi de la France. On ne peut pas parler de l'Aude sans évoquer
ces deux milieux qui chantent aux accents du Midi de la France.
La garrigue est plus connue car, hormis le fait qu'elle couvre
des territoires plus importants, elle représente l'essence même
de ce pays avec ses espaces odorants d'où se dégage une multitude
de parfums subtils dispersés par le vent. Dans les Corbières,
la garrigue est omniprésente tandis que le maquis reste plus
discret.
Garigues et maquis, qu'es aquò ?
La garrigue et le maquis sont des formations végétales qui proviennent
toutes deux de la dégradation de la forêt méditerranéenne, le
plus souvent par incendie ou surpâturage. Ce qui les différencie,
outre leur aspect et leur cortège floristique propre (bien que
plusieurs espèces soient communes aux deux milieux comme les
genévriers, les filaires, le prunellier, les nerpruns, le genêt
scorpion et le genêt d'Espagne " Spartium junceum ", etc.),
c'est la nature du sol sur laquelle s'installent ces associations
végétales. A l'époque néolithique, les hommes ont pris possession
de la forêt constituée de chênes verts ou chênes pubescents
principalement suivant les influences climatiques et les conditions
du sol de la station. Au cours des siècles, ces terrains ont
été déboisés, mis en culture ou transformés en pâturages, parfois
incendiés. Une flore spécifique s'est implantée en ces lieux
pour former des garrigues ou des maquis. Cette dénomination
au pluriel est plus appropriée car il n'y a pas une garrigue
ou un maquis mais effectivement des garrigues et des maquis.
Les différents faciès sont déterminés par les conditions climatiques
locales, la longueur de la période de sécheresse estivale (en
climat méditerranéen, les précipitations irrégulières accusent
un déficit en été), les vents forts (dans l'Aude, le Cers est
particulièrement virulent), la nature et la profondeur du sol,
l'exposition des terrains, leurs anciennes destinations (pâturages
ou cultures), l'importance du pacage, les activités humaines
en général et la colonisation ou non de la strate arborée (notamment
par des pins, essences pionnières). De plus une évolution progressive
(ou régressive suite à un incendie par exemple), plus ou moins
lente, affecte ces milieux à moins qu'ils ne soient l'objet
de reboisements artificiels permettant rapidement un retour
à l'état boisé.
Garrigues et maquis illustrent parfaitement
cet aspect dynamique des associations végétales et cette idée
constante d'évolution.
La garrigue
La garrigue est une formation végétale plus ou moins ouverte,
composée en grande partie d'arbustes, d'arbrisseaux et de sous-arbrisseaux,
résultant de la régression de la forêt méditerranéenne, le plus
souvent par incendie ou surpâturage, sur sol généralement non
acide. (Définition d'après le vocabulaire de typologie des stations
forestières édité par l'Institut pour le Développement Forestier
- 1985)
Garrigue viendrait du mot celtique "gar" qui veut
dire rocher. Pour expliquer cette définition scientifique, disons
simplement que cette formation végétale se rencontre essentiellement
sur sol calcaire et qu'elle est composée d'espèces clairsemées
(milieu ouvert) ou la roche affleure en de nombreux endroits.
Les espèces végétales les plus communes, adaptées aux milieux
secs et arides, et aux sols superficiels (pauvres en humus),
qui s'y trouvent sont :
- les principales plantes aromatiques comme le thym, le romarin
ou la lavande aspic (plantes mellifères renommées),
- le ciste cotonneux aux grandes fleurs roses et aux feuilles
à l'aspect duveteux (qu'on trouve aussi dans le maquis),
- le genévrier cade (deux raies blanches sur chaque feuille)
dont on tirait auparavant l'huile de cade,
- le dorycnium, qui fait le régal des abeilles,
- le buplèvre ligneux, grande ombellifère, très mellifère également,
- le chêne kermès (garouille); il abritait autrefois une cochenille
(le kermès) dont les œufs séchés et traités (la ponte provoquant
des sortes de galles) servaient à fabriquer une teinte rouge
écarlate,
- l'aphyllanthe de Montpellier d'un bleu aussi pur que le ciel
d'azur, très prisée par les moutons, - les charmants iris nains
(jaunes, blancs et bleus) et l'élégante tulipe de Celse qui
font une apparition rapide mais remarquée au printemps sans
oublier quelques orchidées magnifiques,
- le dangereux Redoul (corroyère à feuille de myrte) dont les
baies noires toxiques peuvent être confondues avec des mûres
(empoisonnement),
- le buis omniprésent sur les sols calcaires,
-le pistachier térébinthe qui enflamme la garrigue à l'automne
(feuillage rouge),
- et un grand nombre d'autres espèces qu'il n'est pas possible
de toutes nommer et dont certaines ont été récoltées pour leurs
vertus médicinales,
- le chêne vert, le chêne pubescent et le pin d'Alep qui font
évoluer, dans les meilleurs des cas, ces garrigues vers la forêt
climacique caducifoliée (cf. chênaie pubescente).
A chaque saison, la garrigue vous émerveillera
: au printemps, des fleurs surgissent de toutes parts dans une
explosion multicolore tandis que maintes abeilles œuvrent sans
répit pour amasser miel et pollen ; en été, sous un soleil délirant,
elle devient le domaine des insectes ou résonne un concert orchestré
par les cigales stridulantes ; en automne et en hiver, elle
sait garder toute sa plénitude en conservant sa parure verte.
C'est souvent après de fortes pluies qu'elle exhale abondamment
ses odeurs parfumées. Si la flore, par sa beauté et son charme,
constitue la richesse de la garrigue, elle abrite aussi une
variété de mammifères, grands et petits, un grand nombre de
reptiles (dont le superbe lézard ocellé), une multitude d'oiseaux
et une collection d'insectes qui occupent secrètement les lieux.
Le maquis
Le maquis est une formation végétale arbustive généralement
fermée (souvent à base d'Ericacées et de Cistacées), résultant
de la régression, le plus souvent par incendie ou surpâturage,
de la forêt méditerranéenne sur sol généralement acide. (Définition
d'après le vocabulaire de typologie des stations forestières
édité par l'Institut pour le Développement Forestier - 1985).
A l'opposé de la garrigue, le maquis s'installe
sur des terrains siliceux principalement et de nombreuses espèces
buissonnantes forment souvent une végétation inextricable ("fermée",
le "bartas" comme on dit en Languedoc, exprime bien cette idée
de broussailles épaisses et impénétrables, de ronces buissonnantes,
véritable rempart naturel).
Les espèces végétales les plus caractéristiques
que renferment ces milieux sont :
- le ciste à feuille de sauge et le ciste de Montpellier (feuillage
qui colle), tous deux aux fleurs blanches,
- le ciste à feuille de laurier, plus grand que les deux précédents
(jusqu'à 1,50 m de hauteur),
- la lavande "stoechas" au feuillage très aromatique et aux
fleurs violettes parées de bractées mauves (appelée aussi "
lavande à toupet "),
- la bruyère arborescente couvrant le maquis de ses fleurs blanches
(d'une hauteur de un à deux mètres en moyenne, la racine de
cette espèce servait à la fabrication des pipes) et sa petite
sœur la bruyère à balai avec laquelle on confectionnait des…
balais,
- le calychotome épineux, arbrisseau épineux, comme son nom
l'indique, ayant des feuilles à trois folioles et des fleurs
jaunes,
- l'arbousier qui possède la particularité de porter en même
temps des fleurs (clochettes blanchâtres), des fruits verts
et des fruits mûrs d'un rouge vif (arbouses) dont on fait des
confitures succulentes ; il s'agit d'un arbuste qui peut atteindre
5 à 6 mètres de haut aux feuilles persistantes et à l'aspect
très décoratif, - et d'autres espèces en grand nombre,
- la strate arborée que l'on peut rencontrer se compose essentiellement
de chênes verts, de chênes pubescents, de châtaigniers, de chêne
liège et de pins maritimes (ces trois dernières essences sont
inféodées aux terrains siliceux).
Si ces terrains ne sont guère propices à la
promenade hors des sentiers et chemins, les rudes sangliers
y trouvent des remises leur servant de retraite. Comme en garrigue,
la faune est aussi très diversifiée. Signalons tout de même
que la tortue de Hermann est un hôte particulier du maquis.
Le feu et le ramassage de cette espèce l'ont fait quasiment
disparaître. Dans l'Aude, sa présence est incertaine et de toute
manière rarissime. Dans le massif des Maures, un plan de sauvegarde
est entrepris pour cette tortue méditerranéenne.
Patrick VALETTE, Office National des Forêts,
janvier 2004